Magazine réalisé par Théo Pirard
et fourni par le Space Information Center

15 mars 2000

Rubrique 1 : La Belgique dans l'espace

 
 
LE MINISTRE R. DEMOTTE
CROIT EN LA BELGIQUE SPATIALE

AU FIL D'ARIANE 5



Ariane 504 avec le satellite XMM-Newton est tirée sur sa plate-forme vers l'aire de lancements de Kourou - Photo : Th.P./SIC Ariane 504, avec le satellite XMM-Newton en route vers l'aire de lancements ... - Photo : Th.P./SIC

Les lancements d'Ariane 4 et Ariane 5 se suivent... et se ressemblent. Avec de bonnes mises sur orbite pour des satellites différents. Rudy Demotte, Ministre de l'Economie et de la Recherche Scientifique, a assisté au premier vol commercial de la super-fusée Ariane 5. Il nous livre ses impressions et réflexions sur le rôle de la Belgique dans l'aventure spatiale qui reste une entreprise à hauts risques: "Dans un effort aussi mobilisateur que le programme spatial pour les chercheurs et industriels, dans une activité aussi motivante pour la jeunesse, chacun doit s'y investir avec toutes ses capacités, tant au Nord qu'au Sud du pays."
 
Gérard Brachet, Directeur général du CNES, et Rudy Demotte, le Ministre belge (à droite)
Lancement 504 - Gérard Brachet, Directeur Général du CNES, et Rudy Demotte,
le Ministre belge (à droite)
Photo : Th.P./SIC
Rudy Demotte est, depuis juillet, le jeune successeur de Yvan Ylieff, tout en étant par ailleurs responsable de l'économie. Responsable de la gestion des activités de la Belgique spatiale - qui dispose d'un budget annuel dépassant les 6 milliards de francs (150 millions d'euros) - il est allé, en décembre dernier, au Port spatial de l'Europe se rendre compte de la place de l'industrie belge dans la réalisation et dans l'exploitation des lanceurs Ariane. Né le 3 juin 1963 dans la ville de Renaix, il a passé une partie de son enfance en Flandre. Soucieux d'être en contact avec les autres, il s'est intéressé à la médecine puis, par un hasard de la vie, a étudié les sciences politiques avec une orientation économique. "Aujourd'hui chargé des affaires économiques et de la politique scientifique, je vis une alchimie assez intéressante qui concilie ma formation et mes rêves d'enfant", confie-t-il d'emblée. Ce ministre de 36 ans a une épouse d'origine bulgare et est le père de deux petits garçons qui, à son retour de Guyane, ont fait connaissance avec une maquette de la fusée européenne.
 
 
Vous êtes heureux d'avoir vécu à Kourou un beau succès avec le premier vol commercial du lanceur lourd européen Ariane 5 ?

Envol d'Ariane 504, porteuse de l'observatoire XMM-Newton
Envol d'Ariane 504, porteuse de l'observatoire XMM-Newton
Photo : Th.P./SIC
Ce lancement avait, pour moi, une force symbolique: on est au croisement de deux matières qui m'intéressent. D'une part, la recherche scientifique dans ce qu'elle a de plus avancé sur le plan technologique, c'est à dire le domaine spatial. D'autre part, les dérivées économiques sont tout à fait considérables, puisqu'il s'agissait d'un premier vol commercial qui a des conséquences industrielles pour l'ensemble des pays impliqués dans ce programme. La Belgique en fait partie.
 
 
A la fois vous êtes ministre de la recherche scientifique et ministre de l'économie. Comment conciliez-vous ces deux activités qui apparemment sont incompatibles ...

Je suis ravi de cette association qui fut décidée lors de la formation du gouvernement. Trop souvent, on a tendance à opposer la recherche scientifique, présentée comme un art relativement pur, à la réalité économique imposant des compromis qui risquent de dénaturer la recherche. A mon sens, l'économie s'inscrit dans le prolongement de la recherche. Et pour que la recherche fonctionne, il faut que les moyens soient suffisants. Je n'ai pas une vision instrumentale de la science. C'est aussi une fin, avec l'élévation de l'être humain vers de plus hauts sommets de connaissance, mais je ne peux pas négliger le fait que la science a des conséquences sur la vie de tous les jours dans les relations économiques entre les êtres humains. De ce fait, l'association des affaires économiques et activités scientifiques est un puzzle que je trouve vraiment intéressant.


Ne serez-vous pas tenté de faire passer la science appliquée avant la science fondamentale ?

On ne peut pas faire de science appliquée sans avoir une bonne base de science fondamentale. A l'inverse, faire de la recherche fondamentale sans jamais s'efforcer de lui donner des applications concrètes, c'est peut-être aussi se priver d'excellentes opportunités. Pourquoi ? Les chercheurs, dès lors qu'ils ont fait une découverte sur le plan théorique, ont à appliquer une démarche concrète pour le suivi de leur découverte. Le Belge, par définition, est un chercheur de très grande qualité. Mais nous subissons un véritable syndrome qui consiste à être au top niveau sur le plan de notre capacité théorique, alors que ce sont d'autres qui font à notre place l'application de nos découvertes. Alors, autant réconcilier la recherche fondamentale et la recherche appliquée.


C'est l'une de vos priorités ?

Très certainement. Il faut savoir que sur le plan du découpage institutionnel de la Belgique, rien n'est jamais simple. La recherche fondamentale est essentiellement de la responsabilité des instances communautaires. Il n'empêche que, par des outils comme les PAI ou pôles d'attraction inter universitaires, on arrive à horizontaliser des programmes. C'est en essayant de coordonner un certain nombre d'éléments avec mes collègues des communautés, que je peux jouer un rôle d'impulsion sur le plan de la recherche fondamentale.


Si je vous comprends, vous allez inciter les recteurs dans les universités à développer des projets de recherche appliquée ?

Je vais essayer de prendre langue avec l'ensemble du monde scientifique pour voir dans quelle mesure nous pouvons opérer des transferts de technologies. Comment, sur le plan opérationnel, favoriser le transfert des connaissances scientifiques vers des applications technologiques ? Cette question sera l'une des priorités que je me fixerai dans les mois et années qui viennent.


Dans vos compétences de Ministre fédéral, l'activité spatiale constitue une composante essentielle ?

Sur le plan de la répartition des compétences, le secteur spatial est effectivement du domaine de la politique fédérale. C'est, par nature, un domaine d'activités qu'il faut organiser sous la coordination de l'Etat fédéral. Aucun Etat n'a aujourd'hui, à l'exception d'une super-puissance comme les Etats-Unis, le potentiel suffisant pour développer de façon isolée des programmes spatiaux. Donc l'interface qu'est l'Etat belge est un élément important pour la mise en place de la coordination européenne dans le développement d'une politique technologique à haute valeur ajoutée.


Vous allez chercher à rééquilibrer l'effort spatial, au niveau des régions, sans pour autant nuire aux compétences qu'ont acquises la Wallonie et Bruxelles. Comment comptez-vous y arriver ?

Je ne m'inscris pas a priori dans une ligne qui consisterait à communautariser le spatial. Je crois que chaque région a un potentiel de développement de gênes qui sont liés à sa personnalité. Chacun a ses spécificités, ses spécialités. Le souci d'un ministre fédéral est de faire en sorte que dans un effort aussi mobilisateur que le programme spatial, chacun, tant au Nord qu'au Sud du pays, s'y investisse avec toutes ses capacités. Ma fonction est de mettre de l'huile dans les rouages et pas de l'huile sur le feu.


Quels axes spécifiques d'activité spatiale voyez-vous se profiler dans les différentes Régions ?

C'est vrai qu'aujourd'hui le programme spatial européen permet aux Régions d'y jouer leur rôle scientifique et technologique. En Wallonie et à Bruxelles, on a déjà un niveau d'expertise un niveau de qualité très élevé des produits et services pour les lanceurs spatiaux. On assiste, par le biais de l'activité spatiale, à l'intégration des technologies de l'information et de la communication. La Flandre participe à des missions qui lui font jouer un rôle primordial pour de nouvelles applications. Il est donc possible de trouver une harmonie technologique entre les régions.


Pensez-vous réclamer des régions une participation propre à l'effort spatial de l'Etat fédéral ?

Dans les domaines tant de l'aéronautique que du spatial, qui présentent un certain nombre de points communs, il est utile que des moyens soient mobilisés, que tout le monde donne un coup de rein. Surtout que les moyens sont toujours insuffisants dans ces secteurs de pointe aussi exigeants. Sur les formes qui sont encore à convenir, je n'ai pas d'idée préconçue. De toute manière, l'Etat fédéral doit garder son rôle principal dans les activités spatiales. Mais je pense avec la même conviction que les Régions peuvent s'associer aux efforts demandés.


Comme Ministre belge, quelles nouvelles impulsions voudriez-vous donner à l'Europe spatiale ?

Nous sommes l'un des pays qui affirment très fort une tradition spatiale en Europe. Nous avons acquis à l'extérieur de nos propres frontières une excellente réputation pour la qualité des produits et des services. La Belgique en profite en termes de retombées. Ainsi chaque franc investi dans le programme Ariane donne à peu près quatre francs de retour dans notre économie. Il faut donc une grande mobilisation autour du spatial, car c'est un domaine qui fait encore rêver, essentiellement la jeunesse. C'est pourquoi, dans les semaines et mois à venir, nous aurons des opérations de sensibilisation chez nous pour faire comprendre à quel point les technologies appliquées du secteur spatial ont un impact positif pour chacun. Concrètement, nous allons soutenir en priorité les programmes d'intégration des technologies. Nous pensons à un programme comme SkyBridge qui utilise une constellation de satellites qui intègre la mobilophonie, l'Internet, la télévision, le multimédia... En augmentant la bande passante de télécommunication, on peut mettre en oeuvre une série de nouvelles applications qui ont des effets immédiats sur la vie quotidienne et sous forme d'emplois. Et ce sont des applications à haute valeur ajoutée dans lesquelles chaque Région peut trouver son compte.


Notre pays a un petit voisin qui entend, avec ses satellites TV, jouer un rôle dans le domaine des technologies intégrées de l'information. Avec le Grand Duché qui va devenir un membre associé de l'ESA, pensez-vous entretenir des contacts ?

Nous avons une tradition de contacts avec les pays du Bénélux. Dans la mesure où le Luxembourg rejoindrait l'ESA pour certains programmes, nous pensons que, comme c'est une tradition dans d'autres domaines, nous serons heureux de débattre d'objectifs communs à mettre en oeuvre pour l'intégration des technologies de l'information.


En matière spatiale, l'ESA ou Agence spatiale européenne et la Commission européenne développent des stratégies pour l'Europe. Vous connaissez bien Philippe Busquin et vous le savez intéressé par la technologie spatiale. Quel peut être votre rôle entre Philippe Busquin et l'ESA ?

Je vois deux choses dans votre question. D'abord les relations avec un collègue belge qui est le Commissaire européen chargé de la recherche et de la technologie. C'est essentiel de nous entendre sur des objectifs tant sur le plan national qu'au niveau de la Communauté européenne. J'ai déjà eu l'occasion de prendre contact avec Philippe Busquin pour discuter de la politique spatiale, dans laquelle nous continuerons à nous affirmer comme Etat membre de l'Union. Le deuxième aspect de votre question concerne l'avenir de l'ESA. Va-t-on vers une agence qui soit le bras spatial de l'Union européenne ? C'est une bonne chose à condition que la Belgique qui a toujours joué un rôle important dans le fonctionnement de l'ESA ne perde pas l'avantage et l'influence que nous y avons aujourd'hui grâce à sa contribution financière. Demain, si on se basait sur des modes de décision différents, comme le poids démographique des Etats membres, nous aurions moins d'importance. Or, la Belgique a fait le choix de ne pas avoir d'agence spatiale nationale pour privilégier l'Agence Spatiale Européenne.


Vous évoquez une agence spatiale nationale ...  Etes-vous tenté par une telle perspective ?

Non, parce que c'est une aberration. Un pays comme le nôtre n'a pas le potentiel économique pour entreprendre seul un ambitieux programme de missions dans l'espace. Nous faisons partie d'un ensemble européen. Je pense que l'Europe va évoluer dans un sens où les pays qui ont une agence nationale de l'espace accepteront à plus ou moins long terme de s'intégrer de plus en plus dans l'ESA.


Vous avez un intérêt personnel pour les sciences de la vie ...  Quelle position avez-vous concernant les vols habités ?

A titre personnel, je suis favorable aux vols spatiaux habités mais je suis en position minoritaire à l'échelle de l'Europe. Même les Etats-Unis eux-mêmes s'interrogent sur l'opportunité de tels vols, car trop onéreux. C'est qu'ils n'ont pas toujours les résultats escomptés. Si je suis pour les vols habités, c'est parce que le génie humain n'est pas en soi remplaçable, même en l'exerçant à distance au moyen de robots. En étant sur place, l'Homme arrive à mieux maîtriser une série d'opérations, comme la réparation du télescope spatial Hubble. La deuxième raison qui me fait personnellement apprécier les missions avec astronautes est qu'elles offrent un côté motivant. La part de rêve dans le défi du vol spatial habité a quelque chose de motivant. Maintenant en Europe, dans les grands pays comme l'Allemagne et la France, on a une vision très pragmatique et on se dit que le vol spatial habité est très cher pour un bénéfice discutable.


Après Dirk Frimout qui a fait vibrer la corde tricolore jusque dans l'espace, un autre Belge, Frank Dewinne, débute à Cologne son entraînement d'astronaute européen. Allez-vous demander à l'ESA d'entraîner un deuxième Belge pour la station spatiale internationale ?

J'ai déjà fait passer le message. C'est une demande qui est très difficile à faire accepter. Maintenant, la réponse ne dépend plus de nous.


La Belgique, grâce à l'industrie flamande, construit son premier satellite pour l'ESA. Il s'agit du micro-satellite PROBA de la société Verhaert. Où en est sa préparation ?

Si sa préparation se poursuit dans de bonnes conditions dans l'industrie belge, sa mission est l'objet de discussions à l'ESTEC, le centre européen de technologie spatiale. L'instrument de prises de vues, tel qu'il était prévu, ne pourrait pas être opérationnel sur l'orbite de son lancement, tel qu'il est prévu, avec une fusée indienne. Soit on lance le satellite avec le lanceur prévu et il se trouve sur une orbite qui ne permet une utilisation optimale de l'instrument. Soit on attend un autre lancement. Ou bien on lance le satellite sans l'instrument et on en réalise un autre pour le mettre avec l'instrument sur l'orbite prévue.


Le lancement de la 4ème Ariane 5 a servi à satelliser l'observatoire spatial XMM-Newton. La réalisation de cet important satellite constitue une belle activité, tant scientifique que technologique pour la Belgique ?

Des sociétés, comme ETCA du groupe Alcatel, des laboratoires comme le CSL ou Centre Spatial de Liège, sont très activement impliquées dans XMM-Newton, le plus grand satellite jamais lancé par l'ESA. L'observation des rayons X de l'Univers est un des champs de recherche les plus intéressants à mette en oeuvre. Le télescope spatial XMM-Newton est un cas d'application concret qui est très stimulant pour la recherche avec des débouchés économiques directs, comme pour la jeunesse avec la part de rêve dans ce que cache encore l'Univers.


Vous êtes particulièrement sensible à cette motivation de la jeunesse pour l'exploration et les techniques de l'espace ?

Je pense que la jeunesse a besoin de se donner des objectifs. Paraphrasant le mari d'Elisabeth Guigou qui, un jour, au sujet du développement régional, disait "il n'y a pas de régions sans avenir, il n'y a que des régions sans projets", je pense qu'il n'y a pas de jeunesse sans avenir, il y a peut-être une jeunesse sans projets. Il faut avec des projets lui donner un but. Or, la recherche et la technologie spatiales offrent des perspectives d'activités et d'emplois qui motivent la jeunesse.

Propos recueillis par Théo PIRARD





Addendum


Pour ses 20 ans,
ARIANESPACE SOUS PRESSION


Ariane 44LP, le 15 juin 1988
Ariane 44LP au décollage depuis Kourou, le 15 juin 1988 - Vol 22 - Meteosat p2 et Amsat IIIC-PAS1

SABCA à Bruxelles, Alcatel-ETCA à Charleroi, Techspace Aero à Herstal-Liège sont impliqués dans la société de transport spatial Arianespace qui célèbre ce 26 mars ses 20 ans d'existence. D'abord, comme les actionnaires belges de cette entreprise insolite d'envergure européenne qui a aujourd'hui la main-mise sur la moitié des lancements commerciaux de satellites. Puis, comme partenaires industriels dans la production récurrente de matériels pointus qui équipent les lanceurs de la famille Ariane 4 et de la dynastie Ariane 5. Arianespace a un carnet de commandes, avec 41 satellites à lancer, pour un total de 3,2 milliards d'euros. Au cours de cette année, Arianespace compte mettre sur orbite une vingtaine de satellites au moyen de huit à dix Ariane 4 [la première a lancé le 24 janvier un satellite de télécommunications pour une compagnie japonaise] et avec cinq Ariane 5.

 

En 1999, Arianespace a dû faire face aux lenteurs dans la livraison de certains satellites. Néanmoins, elle a réussi onze lancements - dix Ariane 4 et une Ariane 5 - pour 16 satellites. Soit 30 tonnes de charges utiles placées autour de la Terre. Autre succès: l'an dernier, Arianespace a engrangé 12 contrats de lancements sur les 15 qui ont fait l'objet d'appels d'offres internationaux. Les concurrents d'Ariane ont dû se contenter des miettes... et se rabattre sur des commandes protégées à caractère gouvernemental ou militaire. Pourtant, Arianespace est sous pression. Avec un chiffre d'affaires d'1 milliard d'euros pour 1999, elle paraît bien modeste pour rivaliser avec des entreprises géantes que sont Boeing et Lockheed Martin. Comme chacun sait, David triomphe de Goliath. Mais pour combien de temps ?

Ariane 504 sur table de lancement - Kourou, 10 décembre 1999
Ariane 504 sur table de lancement- XMM-Newton - Vol 119 à Kourou le 10 décembre 1999
 
Longue Marche
La fusée Longue Marche chinoise

La réussite d'Arianespace suscite les convoitises. Il lui faut anticiper les coûts de ses adversaires qui proposent des services "sur mesure" de transport spatial. Boeing et Lockheed Martin, pour tenir la dragée haute aux fusées européennes Ariane, n'hésitent pas à recourir à la technologie des fusées qui viennent de l'Est: le premier utilise le système Sea Launch de plate-forme pour des lancements en plein Océan Pacifique avec des Zenit russo-ukrainiennes, tandis que le second commercialise les Proton lancées du cosmodrome de Baïkonour et réalise une famille de lanceurs Atlas 5 équipés de propulseurs russes... Récemment, Alenia Aerospazio, constructeur de satellites européens, a choisi pour lancer un satellite Eutelsat une fusée Longue Marche chinoise, moins chère qu'Ariane !

 
Sea Launch
 

Sur ses gardes, Arianespace est forcée de mettre à rude épreuve ses fournisseurs d'équipements, lesquels sont par ailleurs ses actionnaires. Elle leur demande d'améliorer, petit à petit, les performances de sa super-fusée Ariane 5 pour qu'elle soit capable de lancements doubles avec des satellites qui deviennent de plus en plus lourds (4 à 5 tonnes de masse au décollage). Dans le même temps, elle négocie des clauses de production qui les forcent à réduire les prix de leurs fournitures. Ainsi, entre le premier lot de 16 Ariane 5 et le second lot de 20 Ariane 5 améliorées, 35 % de rabais ont été obtenus par Arianespace. Ce qui oblige ses associés à revoir leurs modes de fabrication tout en garantissant les mêmes critères de fiabilité pour des performances accrues. L'avenir des satellites est à ce prix : ils sont soumis à la revanche des systèmes terrestres qui leur font concurrence avec les réseaux cellulaires et avec les fibres optiques.

Ariane 42L à Kourou, le 19 avril 2000
Ariane 42L (2 propulseurs d'appoint à liquide) sur table de lancement à Kourou, le 19 avril 2000 - Vol 129, Galaxy IVR




Micro-satellites de la Belgique spatiale

La constellation IRIS
déployée pour 2003 ?



Eudis est une société que le groupe Sait-RadioHolland vient de constituer pour l'exploitation commerciale d'un système de messagerie globale avec des microsatellites sur orbite basse qui fonctionnent dans des fréquences inférieures à 1 GHz. Elle vient de concrétiser avec l'Esa un accord exclusif de commercialisation de l'équipement LLMS (Little-Leo Messaging System) embarqué sur le satellite russe Resurs 01-N4. C'est le 10 juillet 1998 qu'un lanceur ukrainien Zenit a mis en orbite ce satellite depuis le cosmodrome de Baikonour. Ce relais de données a été mis au point par l'industrie belge avec SAIT Systems, comme maître d'oeuvre, dans le cadre d'une activité technologique de quelque 18 millions d'euros qui est financée en grande partie par l'Etat belge via les SSTC (Politique scientifique fédérale). Alcatel Bell (Belgique), OHB System (Allemagne) et le Groupe SEMA (Espagne) ont participé à la réalisation de cette technologie. Le LLMS donne entière satisfaction comme porteur de messages entre des terminaux portables dans la bande des UHF. Pour la première fois et de façon astucieuse, est mise en oeuvre la technique d'étalement spectral avec démodulation à bord d'un engin spatial. Son intérêt réside dans l'efficacité, pour un coût peu élevé, des liaisons numériques en différé.


Le lanceur Zenith lancé le 10 juillet 1998


SAIT RadioHolland qui est à la fois intégrateur de systèmes et prestataire de services pour les télécommunications a décidé de poursuivre LLMS en l'insérant dans sa ligne de produits opérationnels. Ce relais, désormais opérationnel, va être employé pour une offre globale d'échanges de messages et de transfert de données sous le nom d'IRIS (Intercontinental Retrieval of Information via Satellite). L'unité commerciale "Space" de SAIT RadioHolland projette la mise en place de microsatellites, chacun d'une masse de 50 kg, utilisant l'équipement LLMS de communications. Dès 2002, elle prévoit de déployer une constellation qui comptera jusqu'à six microsatellites-relais. Une fois complète à la fin de 2003, cette constellation IRIS assurera une couverture mondiale pour collecter et transmettre des données, pour permettre des applications de télésurveillance sur des installations fixes ou mobiles.

Face aux systèmes plus complexes, ambitieux et coûteux des constellations américaines, le système IRIS ne manque pas d'atouts: l'investissement total ne devrait pas dépasser les 50 millions d'euros (2 milliards de francs) et ses services, disponibles plusieurs fois par jour, seraient proposés à des prix compétitifs. Eudis et SAIT RadioHolland recherchent des partenaires stratégiques pour être des opérateurs des service de messagerie dans le monde. Quant à la plate-forme du micro-satellite, aucune décision n'a encore été prise. La société Ohb-System de Brême, qui était le partenaire de Sait Systems pour l'installation et le lancement de LLMS sur le satellite russe, a renoncé à sa constellation Safir pour promouvoir le système américain Orbcomm de messagerie et de localisation. La société Surrey Satellite Technology Ltd de l'Université de Surrey a étudié et proposé son concept de plate-forme UoSat pour réaliser le micro-satellite IRIS. La firme belge Verhaert réalise le microsatellite technologique PROBA de l'ESA pour un lancement en l'an 2001; elle pourrait éventuellement être partie prenante dans la constellation IRIS.

Théo Pirard


Pour en savoir plus sur le programme spatial de l'Etat fédéral, consultez http://www.belspo.be





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