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Magazine
réalisé par Théo Pirard
Dossier n° 11 Août 2005
En fait, il semble que l'Iran développe en parallèle, sans doute de façon convergente, deux programmes de technologie spatiale. L'un est celui du Ministère de la Science , de la Recherche et de la Technologie , ainsi que celui du Ministère de l'Information et de la Technologie des Communications. C'est le Scientific and Industrial Research Center of Iran qui en est responsable pour le compte de l'Agence Spatiale Iranienne (ISA) que le Conseil Suprême de l'Espace vient de mettre en place sous l'autorité du Président: il mise sur la coopération internationale pour construire et exploiter des micro-satellites de type Mesbah. L'autre programme spatial, plus discret (bien que faisant l'objet de déclarations militaires qui ne passent pas inaperçues) fait partie de la stratégie du Ministère iranien de la Défense qui veut, sans doute avec l'aide d'experts nord-coréens, chinois et russes, démontrer sa capacité de lancer des satellites pour des besoins d'indépendance et de prestige. L'arrivée au pouvoir du parti conservateur religieux, avec Mahmoud Ahmadinejad comme nouveau Président - suite aux élections de juin - , devrait renforcer la tendance nationaliste et islamiste en Iran. A quand le premier engin spatial de l'Islam ? La société Carlo Gavazzi Space , lors d'une présentation de ses activités spatiales au Congrès international d'astronautique de Vancouver en octobre 2004, a évoqué la fourniture commerciale du petit satellite Mesbah qui doit être lancé fin septembre par la Russie.
Cet engin de forme cubique, d'une masse de 60 kg , rappelle le micro-satellite SAFIR-2 allemand qui était un relais de données développé par la firme OHB System de Brême, la maison mère de Carlo Gavazzi Space . Mesbah doit servir à des observations de type météorologique, à la surveillance du réseau de distribution d'électricité, du gaz et du pétrole et aux communications lors de situations d'urgence. Mohammad Fathi, le chef du Scientific and Industrial Research Center , le décrit comme étant le premier d'une filière iranienne de micro-satellites. Le Professeur Shahin Khoddam, responsable des essais à l' IROST (Iranian Research Organisation for Science & Technology) , nous a indiqué lors d'une conférence à Berlin sur les petits satellites que son pays ne disposait que d'un budget limité pour mener à bien des activités spatiales à des fins scientifiques. Mais il n'a pas pu nous dire si le Ministère iranien de la Défense , de son côté, développait un lanceur ainsi que ses micro-satellites… Les instances militaires de l'Iran ont bien annoncé leur intention de procéder aux lancements de satellites depuis leur territoire (base de Dasht-E-Kabir). D'après Missilethreat.com , le Shahab-3D, constitué d'un 1er étage à liquides - dérivé du missile nord-coréen Taepo Dong - et de deux autres à poudre, a été testé en septembre 2000. On est en train de l'améliorer avec de la technologie russe et un système de guidage chinois. Plusieurs essais du Shahab-3 perfectionné ont eu lieu durant ces dernières mois Il est question de lancer un premier satellite expérimental de 20 kg , du nom de code Safir-313 (Messager), sur une orbite à 250 km . Ensuite, il serait prévu de satelliser un engin de 170 kg à 700 km d'altitude. Récemment, les services d'espionnage israélien ont indiqué que l'Iran travaillait sur deux satellites de 20 à 60 kg et sur un troisième de 170 kg , équipé d'une caméra pour des prises de vues à haute résolution. Cette politique des deux programmes menés de front n'est pas sans rappeler celle de la France spatiale en 1965... D'une part, la DMA (Délégation Ministérielle pour l'Armement) et la SEREB (Société d'Etudes pour la Réalisation d'Engins Balistiques) étaient chargées de mettre au point le petit lanceur spatial Diamant-A. Ce fut l'aboutissement réussi d'une lignée de fusées expérimentales, dites "Pierres précieuses". Le lancement du premier Diamant-A, le 26 novembre 1967, - avec la mise en orbite d'A-1 Astérix, il permit à la France du Général de Gaulle d'être le n°3 dans le Club de l'Espace - fut couvert par le secret "défense". De son côté, le CNES (Centre National d'Etudes Spatiales) qui était impliqué dans le développement d'engins spatiaux préparait le satellite scientifique FR-1; celui-ci fut lancé par la NASA , le 6 décembre 1965, au moyen d'une fusée Scout depuis la base californienne de Vandenberg. Parmi les autres prétendants à devenir membres du Club de l'Espace, trois autres pays d'Asie, ainsi que le Brésil ont manifesté leur intérêt. - La Corée du Nord prétend, depuis septembre 1998, avoir placé autour de la Terre un satellite musical au moyen de son missile à longue portée Taepo Dong 1 qui avait survolé l'archipel nippon... Elle met au point un modèle amélioré, plus puissant, le Taepo Dong 2 capable de lancer un satellite dans de meilleures conditions. Son nouveau propulseur est testé depuis l'été 2004 sur le site de lancements de Musundan-ri. On n'a aucune indication sur l'état des préparatifs, mais le gouvernement de Pyongyang continue d'insister sur l'intérêt, pour un pays en développement, d'avoir un programme de recherche spatiale. Il s'agit d'une monnaie d'exportation: des experts nord-coréens apportent leur assistance en Iran et au Pakistan. - Le Pakistan poursuit les améliorations de ses missiles balistiques Ghauri (avec propulseur à liquides, à partir de la technologie nord-coréenne) et Shaheen 2 (2 étages à poudre, avec assistance chinoise) qui ont des portées respectives de 1.800 et 2.500 km.
Du Shaheen 2, qui fut testé apparemment avec succès le 10 mars 2004, il serait possible d'en dériver un SLV (Satellite Launch Vehicle) à trois étages. Deux maquettes de concepts SLV ont été dévoilées lors de l'exposition internationale d'armements IDEAS 2002 à Karachi en septembre 2002.
Les ambitions du Pakistan dans l'espace restent intactes. En juillet dernier, le Major Général Raza Hussain, à la tête de la SUPARCO (Space & Upper Atmosphere Research Commission) , qui est l'agence spatiale pakistanaise, a annoncé une étude de faisabilité d'un programme national, pour cinq ans, d'un satellite de télécommunications. Son développement coûterait 200 millions de dollars. Par ailleurs, un appel international à propositions était lancé pour une coopération dans le cadre d'un système de satellites de télédétection. La SUPARCO a déjà testé des fusées-sondes depuis la base de Sonmiani.
Elle a réalisé deux micro-satellites Badr avec une aide occidentale : Badr-A était satellisé par une Longue Marche chinoise en 1990 ; Badr-B était lancé au moyen d'une Zenit russo-ukrainienne en 2001. Un Badr-C est en cours de développement, mais aucune indication n'a été donnée sur son lancement. - La Corée du Sud, qui s'est dotée de la capacité de fabriquer des mini-satellites, veut être en mesure de les mettre en orbite au moyen de son lanceur KSLV (Korea Space Launch Vehicle), avec propulsion à liquides, depuis le centre de lancements qui est en cours d'implantation à Oenarodo Goheung avec l'assistance russe. Dans un premier temps, le KSLV I doit être disponible dès 2007 pour satelliser une centaine de kg. Séoul a l'intention de pouvoir, dans dix ans, lancer des satellites de plus d'1 tonne. Dans le cadre d'un récent accord coopération russo-coréenne dans l'espace, la société Khrounichev de Moscou vient d'obtenir un contrat d'assistance technique du KARI (Korean Aerospace Research Institute) chargé du programme spatial coréen, notamment pour la conception du KSLV. Rien d'étonnant à ce que ce KSLV puisse avoir un petit air de famille avec le lanceur modulaire Angara de la Russie !
- Le Brésil a tenté, à deux reprises, son entrée dans le Club de l'Espace. Cet effort de disposer d'un lanceur national remonte à la fin des années 70, quand fut décidée la construction du centre d'Alcantara . Mais le VLS-1 (Veiculo Lançador de Satelites) à quatre étages solides, développé par l'IAE (Instituto de Aeronautica e Espaço) du CTA (Centro Tecnico Aeroespacial) avec l'industrie brésilienne, n'a pu encore démontré sa capacité de satelliser 200 kg en orbite basse.
Les tentatives de novembre 1997 et de décembre 1999 se sont soldées par des échecs, suite à des défauts d'allumage. Le 22 août 2003, lors des préparatifs de son troisième lancement, le VLS- 1 a explosé dans la tour d'assemblage, provoquant la mort de 21 ingénieurs et techniciens qui y travaillaient. L'Agence de l'Espace du Brésil (AEB) devrait recevoir 12 millions de dollars, en plus de son budget annuel de 13 millions de dollars, pour redémarrer le programme VLS dans des conditions de plus grandes sécurité et fiabilité. Le prochain vol du VLS-1 est annoncé pour 2007. Entre-temps, dans le cadre d'un Traité entre le Brésil et l'Ukraine, le centre d'Alcantara, près de l'équateur, doit être aménagé avec un ensemble de lancements pour la nouvelle fusée ukrainienne Cyclone- 4. L 'entreprise commune Alcantara Cyclone Space , qui se met en place, était présente au Salon aérospatial du Bourget 2005. Elle commercialise des missions dans l'espace pour la fin de 2006! Le premier lancement d'une Cyclone-4 depuis Alcantara devrait avoir lieu avant la mise en service des lanceurs Soyouz et Vega au port spatial de l'Europe, en Guyane française. Article paru dans Espace Magazine n°10 (janvier-février 2005) et mis à jour en juillet. (*) N°10, n°9 ou n°11 ? - Si l'on se réfère à la définition stricte de "puissance spatiale", il faut avoir démontré, de façon évidente, la capacité autonome d'un accès à l'espace. Pour devenir membre de ce qu'il est convenu d'appeler le Club de l'Espace, il faut avoir mis au point la fusée porteuse (avec ses propulseurs) ainsi que le satellite, puis réussir un lancement depuis son territoire. Seuls neuf Etats ou ensembles de pays ont acquis ce statut. L'Australie, qui a lancé son premier satellite depuis Woomera, a employé une fusée Redstone de l'US Army. L'Ukraine a, avec un lanceur et un satellite développés et fournis par son industrie, démarré le long programme Cosmos de l'Union Soviétique, mais a procédé au lancement depuis le territoire de la Russie (cosmodrome de Kapustin Yar). - Faut-il faire compter l'Europe parmi les "puissances spatiales" ? Comme formant une entité intégrée sur les plans économique et scientifique, les Européens - grâce au lanceur Ariane, en grande partie, français et depuis un DOM (Département d'Outre-Mer) de la France - parvenaient à accéder à la dimension spatiale. Ce premier vol d'Ariane eut lieu il y a 25 ans, la veille de Noël 1979. C 'est la société française Arianespace qui a donné une carrière commerciale au lanceur européen. LES ETATS AYANT DEMONTRE UN ACCES DIRECT A L'ESPACE (au 1er juillet 2005)
URSS
: Union des Républiques Socialistes Soviétiques.
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