Magazine réalisé par Théo Pirard
et fourni par le Space Information Center


A l'attention des supporters de l'Euro Space Center Belgium
et des efforts de l'humanité dans l'environnement de l'espace


DOSSIER n°2
25 mars 2000

Tourisme spatial :
défi démesuré ou pari insensé?


X Prize


Voir la Terre au-delà de l'atmosphère, c'est la frontière de demain pour les voyageurs en mal de sensations. Mais aller dans l'espace, c'est franchir une barrière technologique. Le prix à payer ne met pas encore ce bond à la portée de tous. Néanmoins certains intrépides ne désespèrent pas de mettre au point des systèmes moins coûteux de lancements.

Peter Diamandis,
le promoteur de la compétition "X Prize" :

"Le tourisme spatial favorisera le transport orbital"


L'ingénieur aérospatial Peter Diamandis de 37 ans est l'un de ces Américains dignes de la génération Bill Gates: il est à l'affût de la moindre innovation à entreprendre. Formé au fameux Mit (Massachusetts institute of technology) et à l'Université de Havard, il s'est donné comme priorité de rendre la dimension et la technologie spatiales accessibles du plus grand nombre dans le monde. Il a voulu privilégier la formation universitaire de haut niveau en fondant l'Isu (International space university) dont le siège et le campus central se trouvent à Strasbourg. En 1989, il a lancé sa société Microspace pour développer la technologie des micro-satellites et micro-lanceurs, mais ce projet se trouvait prématuré... Il a pris l'initiative, il y a trois ans, du "X Prize" pour promouvoir des moyens d'accès à l'espace sous la forme de vols "grand public".

Nous avons rencontré Peter Diamandis au Salon aérospatial du Bourget qui s'est déroulé près de Paris du 13 au 20 juin. Il était là pour promouvoir Proteus, un avion à réaction ultra-léger, d'un concept original, qui est capable de voler durant une dizaine d'heures à 20.000 m d'altitude. La société Angel Technologies Corporation, dont Peter Diamandis est l'un des partenaires, veut exploiter Proteus comme relais, sur demande, de communications numériques à large bande: au-dessus des grandes villes, il vient compléter le satellite en proposant son Halo (High altitude long operation) network.


Vous êtes également en Europe à la recherche de candidats et de sponsors pour financer la "X Prize Society" ?

Par un prix de 10 millions de dollars, cette fondation voudrait récompenser l'entreprise qui, sur fonds privés, aura réalisé un véhicule spatial réutilisable. Pour gagner le "X Prize", il faudra que ce véhicule, lors de deux vols consécutifs en deux semaines, permette à trois personnes d'atteindre la frontière de l'espace, à 100 km d'altitude... Nous disposons d'un financement de 5 millions de dollars et nous espérons le doubler à la fin de cette année. Nous comptons 16 candidatures aux Usa, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Argentine, mais nous voudrions avoir en compétition 25, voire 30 équipes... Des contacts sont pris au Canada, en Israël, en Australie et en Russie. On voudrait avoir parmi les concurrents Richard Branson, le propriétaire de Virgin.


Est-ce bien sérieux de réaliser une telle compétition ?

Mon objectif est de rendre l'espace accessible du plus grand nombre. Jusqu'ici seuls les gouvernements et quelques individus ont accès à l'environnement spatial, parce que les moyens de lancement sont très chers, trop chers. Je veux refaire pour l'astronautique ce qui s'est passé en aviation. Dans les décennies qui ont suivi l'exploit, en 1903, des Frères Wright, le vol aérien restait l'apanage de héros qu'on appelait des aéronautes. Puis arriva Charles Lindbergh qui, le 21 mai 1927, se posa sur l'aéroport du Bourget après un vol transatlantique sans escale. L'engouement du grand public allait faire en sorte que des passagers s'intéressent à prendre part à des voyages dans les airs. Il faut à présent donner la chance à un chacun de pouvoir participer à un vol d'astronaute.


Mais le vol spatial comporte beaucoup de risques ?

L'ouverture de toute nouvelle frontière comporte des risques. Si c'était facile, on serait à même de la franchir couramment. Dès que possible, si on me propose un véhicule spatial qui offre une chance raisonnable de survie, je serai prêt à embarquer à son bord. Le gouvernement n'aura pas à me dire dans quelle mesure c'est risqué ou non. Je suis un supporter du tourisme dans l'espace, car ce marché contribuera à faire baisser les frais du transport sur orbite.


Croyez-vous vraiment qu'il existe un marché pour le tourisme spatial ?

Le Soyouz de Starsem
Le lanceur russe Soyouz


Il y a beaucoup de gens qui souhaitent effectuer un vol d'astronaute. Mais les seuls vaisseaux qu'on peut aujourd'hui leur proposer sont le Space Shuttle américain et le lanceur Soyouz russe. Pour 10.000 à 20.000 dollars le kilogramme! Il faut arriver à réduire ce prix d'un facteur 100. Si le ticket est proposé à 10.000 dollars, on trouvera des passagers. Actuellement, il est possible pour cette somme d'effectuer à la Cité des Etoiles, près de Moscou, un entraînement de cosmonaute avec des vols à 25 km d'altitude et avec des paraboles en microgravité. Ils sont une trentaine chaque mois à suivre cet entraînement payant. Le tourisme spatial, avec le marché réel qu'il représente, favorisera le transport orbital. S'ils sont un millier chaque année à devenir des aventuriers de l'espace, le marché des vols spatiaux habités va prendre toute sa signification économique. Ce ne sont plus les quelque 50 lancements commerciaux de satellites qui vont constituer la référence. En fait, ces lancements coûteux ne font que prolonger l'emploi d'une technologie démodée, celle des missiles intercontinentaux qui ont vu le jour durant les années 50 et 60.


En quoi le "X Prize" peut-il être un déclic ?

Alors que les investisseurs de Wall Street et les grands constructeurs sont intéressés par le marché des satellites d'applications commerciales, ils ne comprennent pas encore l'impact économique de lanceurs réutilisables équipés d'une cabine avec des passagers. Les grands constructeurs de systèmes aérospatiaux pensent à des fusées de plus en plus performantes, moins coûteuses à produire. On a vu ce qui s'est passé avec l'informatique: il a fallu l'initiative Apple, face à Ibm, pour faire prendre conscience de l'important marché des ordinateurs personnels jusque dans les foyers.


Quand pensez-vous que le "X Prize" récompensera les premiers bonds dans l'espace réussis par un vaisseau privé avec des passagers-astronautes ?

La compétition deviendra réalité lorsque la première équipe se mettra à voler. Ce devrait être en 2002. Le gagnant du "X Prize" devrait avoir réussi son exploit en 2003-2004. L'étape suivante sera de créer le prix pour une compétition entre vaisseaux habités qui pourront évoluer autour de la Terre.

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Pour en savoir plus, consultez le site www.xprize.org



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