Magazine réalisé par Théo Pirard
et fourni par le Space Information Center



DOSSIER n°6

Mars 2001


(Photo : Th.P./SIC)
Interview de Philippe BUSQUIN
réalisée le 8 mars 2001

Le prochain 6ème programme-cadre de la recherche et du développement de la Commission européenne, pour la période 2002-2006, aura un budget de 17,5 milliards d'euros. Soit 17 % de plus par rapport au programme-cadre actuel. "L'Europe s'est engagée dans la voie qui doit la conduire à devenir l'économie de la connaissance la plus prospère et la plus concurrentielle du monde", a déclaré le physicien belge et politicien socialiste Philippe Busquin, Commissaire européen en charge de la Recherche, pour expliquer cette hausse. Parmi les sept priorités-clés et ce qui est nouveau, les technologies de l'aéronautique et du spatial figure en bonne place. Dans cette interview, il nous explique cette nouvelle stratégie de l'Union Européenne.

 

A la tête de la Commission pour la Recherche, vous voulez que les choses changent sur le plan de la stratégie européenne dans l'aéronautique et dans le spatial. Pourquoi cette volonté ?

Ceci correspond tout à fait à mon souci de réaliser un Espace européen de la recherche. Le processus de mise en place de cet Espace européen sera graduel. Il s'étendra sur plusieurs années, s'inscrivant dans la dynamique de coordination ouverte et volontaire des Chefs d'Etat et de gouvernments de l'Union européenne. Il est indispensable de mettre en marche ce processus le plus tôt possible dans les domaines de l'aéronautique et du spatial, avec une première étape qui consiste à établir un agenda de recherche stratégique accepté et partagé par tous les acteurs. En constituant de grandes sociétés aérospatiales, l'industrie européenne se consolide notamment pour répondre au défi lancé par les géants industriels américains du secteur. Par ailleurs, l'industrie aérospatiale européenne a besoin d'un accompagnement politique, car elle constitue un atout stratégique pour l'Europe.


(Photo : Th.P./SIC)

 

L'Europe aérospatiale est tout de même une réalité bien affirmée ?

Des exemples de réalisation comme l'avion Airbus et le lanceur Ariane sont souvent cités comme les fruits d'une volonté commune européenne. L'aéronautique et le spatial, avec leurs spécificités distinctes, viennent de connaître une restructuration industrielle sans précédent. A la Commission, nous les identifions clairement comme des secteurs stratégiques au niveau européen. En organisant l'effort de recherche dans un large éventail de politiques, y inclus les règles de la concurrence, la Commission entend consolider le processus de coordination, conforter la place de l'Europe aérospatiale sur le marché mondial, aider les Européens à relever les nouveaux défis économiques, industriels et technologiques. Dans le prochain Programme-cadre de Recherche et Développement qui est prévu pour la période 2003-2006 et qui va correspondre à 5 % des dépenses publiques au niveau européen pour la recherche, nous prévoyons de mettre 1 milliard d'euros durant quatre ans pour l'aéronautique et l'espace.


(Photo : Th.P./SIC)

 

 

Comment s'élabore le prochain 6ème Programme-cadre de Recherche et Développement en Europe ?

Le 6ème Programme-cadre ne commence que le 1er janvier 2003. Il doit être approuvé, dans une procédure de codécision, par les instances européennes que sont le Parlement européen et le Conseil des Ministres. Sur la philosophie générale du prochain Programme-cadre, que nous avons définie dans notre document "Vers un Espace européen de la recherche", il y a un assez bon consensus. Que le monde industriel ne se méprenne pas sur le rôle de la Commission. Nous sommes plutôt les organisateurs de programmes. Il ne faut pas croire que le budget de la Commission européenne va financer toute la recherche dans l'aéronautique. Non, ce n'est pas le cas et cela n'a jamais été le cas. Ce n'est pas uniquement notre Programme-cadre qui est impliqué. Il y a des programmes de recherche dans les Etats Membres.

 

Dans quelle mesure la Commission a-t-elle contribué à la restructuration récente de l'industrie aérospatiale européenne en Europe ?

Cette restructuration se fait d'elle-même sous l'impulsion des entrepreneurs industriels. Des Etats membres de l'Union européenne ont eu, en tant qu'actionnaires, leur mot à dire. Le rôle de la Commission a été de vérifier si les règles de concurrence étaient bien respectées. La Commission a remis un avis positif, du point de vue économique, pour la création d'EADS (European Aeronautic Defense & Space) et pour la société Airbus. Cette restructuration est la suite logique d'une politique commune de développement intégré d'un avion européen. C'est un peu l'histoire de l'oeuf et de la poule. S'il n'y avait pas eu de développement d'un avion en commun grâce à Airbus, il n'y aurait probablement pas eu de synergies industrielles. Pour développer cet avion en commun, il a fallu faire des efforts conjoints de recherche.

 

Quel peut être alors le rôle de la Commission au niveau industriel ?

La Commission entretient un dialogue avec les acteurs de l'activité aérospatiale, afin d'accompagner son évolution par la prise de conscience des préoccupations et priorités industrielles. Elle s'efforce d'assurer l'équilibre nécessaire entre les intérêts respectifs des intégrateurs de systèmes, des opérateurs, des fournisseurs, des entreprises à valeur ajoutée qui sont en aval. En particulier, on est attentif aux PME dans la mesure où elles jouent un rôle essentiel en favorisant l'innovation.

 

Et pour les technologies de l'espace, comment la Commission voit-elle l'approche stratégique ?

Elle estime que le développement du secteur spatial doit se poursuivre avec un rôle soutenu des autorités publiques, voire un renforcement de l'engagement public. Au niveau de l'Union Européenne, les Etats membres doivent prendre conscience de la pertinence des outils spatiaux pour nombre de politiques et des risques encourus par l'Europe d'une dépendance. Une nouvelle approche de l'espace est esquissée dans une communication "l'Europe et l'Espace : ouvrir un nouveau chapitre" qui a permis de définir avec l'ESA, l'Agence Spatiale Européenne, une stratégie européenne pour l'espace. Il s'agit d'apporter un soutien politique aux initiatives des acteurs du public et du privé pour garantir la disponibilité d'une infrastructure spatiale, rendre performants et compétitifs les services qui en sont dérivés. La Commission et l'Exécutif de l'ESA viennent d'établir une "Task Force" conjointe pour le suivi de la mise en oeuvre de cette stratégie spatiale en Europe.

 

Quelles priorités voyez-vous à l'Europe dans l'espace ?

Le premier objectif est de préserver un accès à l'espace indépendant et à un prix abordable. Cet accès autonome avec un lanceur Ariane 5 de plus en plus performant est une condition sine qua non pour que l'Europe puisse développer des projets et proposer des services qui font appel à des systèmes spatiaux. Un soutien public reste indispensable pour des technologies innovantes qui préparent les lanceurs de demain. Il est notamment crucial de maintenir à un niveau d'excellence le port spatial de l'Europe à Kourou en Guyane française. Il n'est pas prévu que le Programme-cadre joue un rôle direct dans ces développements.


Ariane 504 au décollage - Vol 119-XMM Newton
(Crédit : Photo ESA)

 

Dans quelles activités de technologie spatiale peut-on attendre une aide de la Commission ?

Son objectif concerne un élément nouveau dans la stratégie spatiale européenne qui est d'en faire bénéficer les marchés et la société grâce à l'exploitation des capacités spatiales pour répondre à la demande. L'Union Européenne s'intéresse à l'espace avec des satellites qui ont un impact très fort pour une grande variété de besoins de la société de l'information : les télécommunications et le multimédia, le système civil de navigation Galileo, l'observation de la Terre avec l'initiative GMES ou Global Monitoring for Environment and Security. Ces applications spatiales lancent un véritable défi : il faut les consolider alors qu'elles sont réalisées dans des cadres institutionnels et réglementaires différents.


Galileo
(Crédit : Photo Astrium)

 

L'ESA, qui est une émanation d'une quinzaine d'Etats d'Europe, ne suffisait donc pas pour réaliser une politique spatiale européenne. Pourquoi lui juxtaposer la Commission avec sa bureaucratie ?

Dans le domaine spatial, le grand acteur d'une stratégie européenne est et reste l'ESA. Nous n'avons pas du tout l'ambition de supplanter l'ESA, ni de nous substituer à elle. Nous voulons travailler avec l'ESA qui est une réalité pleinement opérationnelle avec ses lanceurs, satellites, sondes, missions scientifiques, vols habités... Nous avons le rôle de relais politique. Aux côtés de l'ESA, la Commission est le petit poucet qui balise la piste pour faire avancer politiquement un éléphant aux multiples ressources tant physiques qu'intellectuelles.

 

Vous parlez de l'ESA comme d'un éléphant. Mais il y a d'autres éléphants qu'il faut dompter dans le cadre européen...

Je pense de plus en plus que les Européens doivent s'organiser. C'est là, je le rappelle, l'esprit même de mon plan pour un Espace européen de la Recherche. Il faut créer des liens, éviter les doubles emplois. Chacun sait que les moyens publics ne sont pas illimités et que les besoins sont très grands. Autant l'industrie a réussi à se structurer pour être plus compétitive, autant les éléphants que sont les agences nationales, avec l'ESA comme chef de file, doivent optimaliser leur contribution à l'Europe.

 

Une initiative européenne comme GMES en matière de satellites d'observation va donc obliger à fondre les projets nationaux dans un moule européen ?

Tout à fait. Cette initiative GMES concerne une série de programmes nationaux. Il est essentiel de voir ce qu'on a déjà, de l'optimaliser, d'y faire participer un grand nombre, de détecter les besoins, de répondre à la demande de manière coordonnée et cohérente. La démarche est ambitieuse et elle heurte parfois certains enracinements culturels. Elle ne pourra aboutir que si on prend conscience de la richesse des compétences en Europe, de la reconnaissance de pôles d'excellence. Il faut dépasser la dimension nationale pour bâtir une Europe aérospatiale de la Recherche et du Développement au diapason de la nouvelle donne industrielle.

 

Vous paraissez optimiste pour que l'ESA et les agences nationales de l'espace arrivent à davantage se coordonner ?

C'est ce qui se fait avec la coordination des infrastructures de recherche en Europe, des centres techniques de l'ESA et des agences spatiales nationales. En mai 1999, à l'instigation de l'ASI italienne, du CNES français et du DLR allemand, l'ESA a adopté un concept d'Union des Centres dont l'objectif est la mise en réseaux et la convergence des méthodes et moyens pour les technologies de l'espace. Trois réseaux pilotes ont été retenus par le Conseil de l'ESA : pour les opérations en vol, pour la revue des projets, pour les équipements d'essais en simulateurs. Je pense que tous les Européens doivent bien comprendre maintenant qu'ils ont un effort global à faire, que cet effort, trop fragmenté face à la demande, donne lieu à du gaspillage et perd de son efficacité.

 

Ne court-on pas le risque que la dynamique voulue par la Commisson européenne reflète les ambitions d'une politique nationale, comme c'est le cas de la France pour l'espace ?

Heureusement que la France a voulu une politique spatiale nationale. Sans la volonté française d'une stratégie indépendante dans l'espace, nous n'aurions pas de politique spatiale européenne. Une politique nationale n'est pas un mal en soi. Maintenant, elle doit se valoriser en prenant une dimension européenne.

 

L'Union Européenne mise sur le partenariat public-privé pour réaliser sa stratégie aérospatiale ?

La philosophie et l'avantage des Programmes-cadre européens est d'être réalisés sur des schémas de partenariat public-privé. On veille à intégrer dans des projets innovants des entreprises publiques de recherche, les universités, les entreprises, les petites et moyennes entreprises. Ce qui s'est bien développé en Europe, c'est cette possiblité de travailler ensemble avec des objectifs communs. Cette pratique de la relation public-privé qui est partie intégrante de l'approche industrielle est privilégiée par la Commission, car nous n'avons pas d'infrastucture propre de recherche, en dehors du Centre Commun de recherche à Ispra en Italie, qui compte un Institut des applications spatiales. Le partenariat va bien au-delà d'engagements financiers. Il peut porter sur une adaptation du cadre réglementaire ou politique, de façon à permettre aux investisseurs et aux partenaires industriels de faciliter la rentabilisation de leurs investissements.

 

Mais ce partenariat pose problème pour le projet européen de système civil de navigation par satellites Galileo ?

Le partenariat public-privé fournit un modèle susceptible de contribuer à engager à la fois le secteur public et l'ensemble du système industriel dans un projet opérationnel. Galileo n'est pas un programme de recherche simplement. C'est aussi un choix politique majeur dans la stratégie de l'Europe. Avec Galileo, il s'agit de faire un investissement qui garantit la place de l'Europe dans le monde de demain.. Galileo est un précurseur en matière de partenariat public-privé pour un système spatial opérationnel. A partir de cet exemple on peut élaborer des montages similaires pour les systèmes et services d'information basés sur des satellites d'observation, dans le cadre du GMES.

 

Pensez-vous avoir prochainement le feu vert du Conseil européen des Ministres pour passer à la réalisation du système Galileo ?

Ma collègue Madame Loyola de Palacio, qui est responsable des transports, gère ce dossier. Elle est confrontée au problème du bouclage financier. Il faut bien mesurer l'intérêt stratégique de cet ambitieux projet. Et dans le choix politique, se pose la question de la manière d'en faire un système ouvert à d'autres partenaires. Jusqu'à présent, les Chefs d'Etat avaient répondu positivement. J'espère qu'ils vont continuer à le faire.

 

D'un côté, la Commission souhaite le partenariat public-privé pour de nouvelles applications à but commercial dans l'espace. De l'autre, la Commission ne facilite guère les opérateurs privés des satellites de télécommunications, de télévision... , comme la Société Européenne des Satellites au Luxembourg... Ne reste-t-elle pas sous l'emprise des vieux réflexes de l'époque quand les administrations publiques contrôlaient les systèmes au sol ?

Non, je peux vous rassurer sur ce point. La Commission ne se montre pas réservée vis-à-vis des opérateurs de satellites, pas plus qu'elle ne privilégie les systèmes au sol. Le Commissaire Erkki Lükanen, qui est chargé des entreprises et de la société de l'information, veille à donner aux entreprises en Europe l'environnement économique, social et réglementaire qui favorise leur développement. La Commission appuie le développement des systèmes de satellites en se préoccupant de deux aspects essentiels : l'allocation des fréquences et l'ouverture des marchés. L'harmonisation des radiofréquences se trouve garantie pour l'ofre de services pan-européens. La Commission a un groupe de travail qui évalue les obstacles pour l'accès au marché, non seulement au sein de l'Union mais aussi dans les pays tiers.

 

La recherche aux Etats-Unis se trouve stimulée par les activités militaires. Comment se positionne la Commission vis-à-vis de l'aspect dual de la recherche ?

Vous évoquez un problème délicat au niveau de l'organisation des programmes de la Commission et du Parlement européen. Au niveau de la défense, nous n'avons pas de compétences en tant que Commission, mais nous sommes attentifs à l'emploi des satellites pour la sécurité. A cet égard, la frontière entre la politique de la défense et le contrôle de l'environnement est ténue. Si l'Union Européenne a confié à Javier Solana le Secrétariat de sa Politique Etrangère et Sécurité Commune, les activités militaires gardent un caractère national. Mais je crois que les esprit évoluent au niveau européen pour développer une défense commune. La stratégie spatiale concerne des applications duales de plus en plus marquées, comme la navigation par satellites avec le système Galileo, l'observation de la surface terrestre avec le programme GMES. Par contre, en aéronautique, le transport civil et l'aviation militaire ont des finalités différentes.

 

Que répondez-vous au reproche américain d'aides publiques européennes das les programmes Airbus et Ariane qui dament des pions aux USA sur le marché mondial ?

Sur ce chapitre des aides publiques européennes, les gouvernements et les industiels s'attachent à respecter les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce. Pour l'Airbus, la quiestion du financement européen dans le domaine de la recherche doit être clairement distinguées des aides de lancement qui sont envisagées par certains gouvernements nationaux. Les USA ne critiquent pas les activités de recherche. Ce sont les aides au lancement d'un produit qui sont au coeur du débat. La position européenne est forte car elle se conforme à un accord bilatéral avec les USA, signé en 1992, qui prévoit la possibilité de concéder, à raison d'un tiers du coût de développement, des aides au lancement pour de nouveaux avions.

 

Dans les domaines de l'aéronautique et de l'espace, quelles possibilités voyez-vous dans une coopération entre l'Europe et les Etats-Unis ?

La coopération Europe-USA dans le domaine aérospatial se révèle fructueuse avec des missions conjointes en astronomie, en météorologie, en océanographie, pour la surveillance de l'environnement, pour les problèmes du bruit, pour les mesures de la couche d'ozone... L'Europe a la bonne échelle pour permettre des alliances équilibrées avec les Etats-Unis. Elle est partie prenante de programmes de dimension internationale comme la Space Station Alpha. En ce qui concerne la recherche compétitive des entreprises, la collaboration est plus délicate, plus difficile. A cet égard, les entreprises européennes se sont donné une envergure suffisante pour être plus compétitives à l'échelle mondiale.

 

Et qu'en est-il d'un rapprochement de l'Europe avec la Russie qui possède un énorme potentiel dans l'aéronautique et pour l'espace ?

La Commission européenne a déjà balisé ce rapprochement, puisqu'elle a signé un accord de coopération scientifique avec la Russie. Lors de la présidence belge de l'Union européenne, durant la seconde moitié de cette année, les contacts russo-européens doivent s'intensifier, avec la mise en place de groupes de travail communs. Par ailleurs, l'ESA coopère avec Rosaviacosmos, l'agence aérospatiale russe, pour les systèmes de lancement, pour la prochaine génération de satellites. La collaboration avec les USA, la Russie et le Japon est reprise dans le rôle international du Programme-cadre.

 

A nos portes, un continent a bien de la peine à s'insérer dans les nouvelles technologies. C'est l'Afrique. Prévoyez-vous d'associer à la recherche européenne les pays en développement, en particulier ceux d'Afrique ?

Bien sûr, l'Union Européenne a une responsabilité particulière dans ce domaine et se doit d'apporter un soutien aux efforts de développement. Dans l'actuel 5ème Programme, il est question d'Inco ou Initiatives de coopération. Dans le prochain programme-cadre concernant les maladies, l'idée est de développer en Afrique des centres de lutte contre les trois grandes maladies que sont le sida, la malaria et la tuberculose. Nous voulons soutenir des centres qui font de la recherche sur la biodiversité en Afrique, apporter un support pour concevoir la recherche sur place.

 

Cette recherche implique-t-elle la technologie spatiale ?

La Commission a déjà plusieurs réalisations à son actif. Pour le système Météosat de Deuxième Génération avec des satellites au-dessus de l'Afrique, le Comité du Fond européen de Développement a récemment décidé de financer l'adaptation des terminaux au sol pour la réception des données météorologiques dans une quarantaine de pays africains. Ce travail est réalisé conjointement par l'organisation Eumetsat et le Centre Commun de Recherches. Il y a le projet TREES qui permet un suivi permanent de l'état des forêts tropicales avec des partenaires en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud. Les observations servent à élaborer des programmes régionaux de protection de la biodiversité et de planification des ressources forestières. La Commission a contribué à la réalisation de l'instrument Végétation à bord du satellite SPOT 4. La FAO est l'un des principaux utilisateurs des données sur la vévégation afin de connaître la situation alimentaire globale et de faciliter la lutte contre les criquets dans de nombreuses régions. L'initiative GMES que nous sommes en train de lancer doit permettre un usage accru des systèmes spatiaux en support au développement. Nous veillerons à ce que cet objectif soit poursuivi au plus vite.

 

Comme Commissaire européen de la recherche, comment voyez-vous l'Europe durant ce XXIème siècle ?

D'après moi, les scientifiques et les industriels sont généralement dans un processus de globalisation. Les nouveaux défis de recherche du XXIème siècle, comme l'identification du génôme humain, la compréhension de l'évolution de l'Univers, se font par des équipes au niveau mondial. Un XXIème siècle extraordinaire nous attend. On va savoir mieux ce qu'on est d'une manière individualisée. Dans l'espace, on va savoir d'où on vient. Par rapport à ce que nous connaissions il y a un siècle, nous nous découvrons à présent mille fois plus petits et nous nous situons à des milliards d'années plus loin. Dans la communauté scientifique, il faut être un Européen qui fait bénéficier les nouvelles connaissances au développement économique C'est le lien entre tout ce qui est recherche et connaissance et ce qui est développement et innovation. Il est indispensable en Europe qu'on établisse bien ces liens entre la recherche et l'innovation. Ces liens qui sont générateurs de richesse préservent notre place dans le monde. En tant que scientifique européen, je partage les grands enjeux d'un XXIème siècle qui nous fait entrer dans une société de la connaissance, où l'immatériel apporte de la plus value.

 

 



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