Magazine réalisé par Théo Pirard
et fourni par le Space Information Center

Euro Space Center
A l'attention des supporters de l'Euro Space Center Belgium
et des efforts de l'humanité dans l'environnement de l'espace


Dossier n° 8

Septembre 2001

 

La dimension spatiale pour 1 milliard d'Indiens


Une fois largué du 4ème étage du lanceur indien PSLV-C3,
PROBA-1 prendra son autonomie pour devenir sur orbite
le premier satellite “made in Belgium”. (Doc. Verhaert)


Le premier satellite “made in Belgium” a été placé autour de la Terre par un lanceur indien PSLV (Polar Satellite Launch Vehicle) ce lundi 22 octobre 2001. Ce lancement depuis la base de l'île de Sriharikota sert surtout à la mise sur orbite de TES (Technology Experiment Satellite), le prototype du satellite-espion de l'Inde... C'est l'occasion de faire le point sur cette région surpeuplée du monde qui mise sur la dimension technologique de l'espace pour son développement socio-économique.


Le lancement du premier satellite “made in Belgium”, PROBA-1 (98 kg), avec la fusée indienne PSLV devrait se dérouler de cette manière depuis l'île de Sriharikota
(Photo ISRO)



Décollage de la fusée indienne PSLV depuis l'aire de lancements sur l'île de Sriharikota. On aperçoit au loin le Golfe du Bengale.
(Photo ISRO)

Le vol PSLV-C2 a permis de lancer des micro-satellites pour la Corée du Sud et l'Allemagne
(cliquez sur les photographies pour les agrandir)


Sous l'impulsion du Dr.Vikram Sarabhai (1919-1971), l'Inde s'est lancée dans les années 60 dans un ambitieux programme de technologie spatiale. Il lui a fallu consentir beaucoup d'efforts pour réussir en juillet 1980 le lancement, avec une fusée nationale à 4 étages solides, d'un premier micro-satellite. Son objectif est clair: se doter de ses propres moyens d'accès à l'espace pour l'utilisation de satellites d'applications. Les systèmes spatiaux pour les télécommunications et la télévision, les prévisions météorologiques, l'observation de la surface terrestre constituent une priorité du gouvernement fédéral indien pour relever les défis d'une population en hausse, de la gestion de ses ressources, de l'exode rural et de la concentration urbaine, pour faciliter la prévision des séismes et l'organisation des secours urgents... Sait-on que 2/3 du milliard d'Indiens n'ont pas accès à l'école ? Les autorités de Delhi misent sur le satellite TV pour diffuser des programmes de télé-éducation jusque dans les campagnes.

A la fin des années 70, l'Inde se lançait dans la réalisation d'un premier satellite géostationnaire de télécommunications (670 kg).
Il était lancé le 19 juin 1981 depuis le Centre Spatial Guyanais de Kourou par la 3ème fusée européenne Ariane sous le nom APPLE (Ariane Passenger Payload Experiment).
(Photo ESA)
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En 1976, l'Inde était la première nation en développement à utiliser un satellite - le puissant ATS-6 de la NASA - pour la diffusion de programmes TV éducatifs dans des centaines de villages.
(Photo UNESCO)
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Non seulement, la dimension spatiale aide les Indiens pour améliorer leurs conditions de vie, pour assurer leur décollage social et culturel. Mieux: les efforts des chercheurs et industriels de l'Inde se révèlent payants pour l'économie nationale. L'ISRO (Indian Space Research Organisation), qui dépend d'un Département fédéral de l'Espace, s'efforce de mettre l'emploi des satellites à la portée de la société indienne. Mais à long terme, ce sont les pays en développement qu'elle veut aider pour les techniques sur orbite dont les applications ont un impact direct sur la vie de tous les jours. Elle a créé en son sein, avec les industriels indiens, une société de business spatial, Antrix Corporation, dont le slogan est: "The One Source"(La source unique). C'est cette société qui a conclu avec la firme belge l'accord commercial de lancement du microsatellite PROBA-1 (98 kg) pour le prix intéressant de 850.000 dollars.

Antrix Corporation peut tout fournir à des prix compétitifs, étant donné les bas salaires en Inde: depuis des services de lancements ou de consultance jusqu'aux satellites de télécommunications ou d'observation, en passant par les antennes, les senseurs, les images, les logiciels... Via Antrix Corporation, l'ISRO a d'ores et déjà de beaux résultats, en réussissant à commercialiser l'exploitation de ses satellites dans le cadre international :

  • l'imagerie multispectrale et à haute résolution qui est acquise avec les satellites d'observation IRS (Indian Remote Sensing) a donné lieu à un contrat avec la société américaine Space Imaging pour la promotion et la distribution de leurs données dans le monde; il faut préciser que les Américains étaient intéressés, car ils avaient besoin des IRS d'abord pour remplacer des Landsat de la NASA qui avaient pris de l'âge, puis pour compléter la gamme de leurs services de télédétection spatiale.

  • la capacité de communications en bande C (11 répéteurs dans les 6/4 GHz) d'un Insat 2E, lancé le 3 avril 1999, fait l'objet d'une location à la société Intelsat qui, pour les télécommunications par satellites en bande C, doit faire face en Asie à une forte demande.
    Ces importants contrats avec Space Imaging et Intelsat démontrent le savoir-faire prometteur de l'Inde dans la maîtrise des systèmes d'applications spatiales. Ils sont la consécration d'une technologie qui a su s'implanter, au prix d'une ténacité patiente, dans une nation en développement qui compte plus d'un milliard de citoyens. L'ISRO et l'industrie spatiale indienne se positionnent désormais sur le marché des satellites de télécommunications et de télévision. Elles cherchent à faire jeu égal avec les entreprises américaines, européennes, russes et chinoises en répondant aux appels d'offres internationaux, notamment pour l'Iran, le Vietnam... Avec les lanceurs PSLV et GSLV, les Indiens peuvent proposer un service complet de fourniture d'un satellite avec sa livraison sur orbite.

 

Ambitions ciblées, efforts coordonnés

Le programme de l'Inde dans l'espace dépend d'un département ministériel ou DOS (Department of Space). Son budget ne cesse de croître: de 330 millions de dollars en 1996, il dépasse les 436 millions de dollars pour 2001-2002. Près de la moitié de ce budget est consacré au développement de moyens de lancements, tandis qu'un quart est destiné au système Insat de télécommunications, de télévision et de météorologie par satellites. L'ISRO emploie 16.400 personnes, dont 11.000 chercheurs, ingénieurs et techniciens, dans cinq grands centres :

  • l'ISAC (ISRO Satellite Centre) à Bangalore (la cité de la soie), pour la coordination de toutes les activités pour la technologie des satellites;
  • le VSSC (Vikram Sarabhai Space Centre) à Thiruvananthapuram, pour les systèmes de propulsion et pour la conception des fusées, de plus en plus puissantes;
  • le SAC (Space Applications Centre) à Ahmedabad pour les efforts de recherche et de développement sur les systèmes d'applications; il vient de s'équiper avec un simulateur spatial réalisé en coopération avec le Centre Spatial de Liège et la firme liégeoise AMOS.
  • le SHAR (Sriharikota Range) sur l'île de Sriharikota (au nord de Madras) avec une infrastructure de lancements qui ne cesse de s'agrandir; un deuxième ensemble de lancements est en construction. C'est de là, à la fin de cet été, que doit être lancé le premier microsatellite "made in Belgium", PROBA-1.

  • L'ISRO a implanté son complexe de lancements
    de satellites sur l'île de Sriharikota.
    Voici une vue du centre de contrôle
    lors d'un lancement de PSLV
    (Photo ISRO)

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  • le LPSC (Liquid Propulsion Systems Centre) à Mahendragiri, pour la mise au point des moteurs-fusées à liquides et des propulseurs cryogéniques.

Depuis le lancement de son premier satellite, le 18 juillet 1980, l'ISRO a réussi à mettre sur orbite huit autres satellites depuis sa base de Sriharikota. Pour ce XXIème siècle, elle s'est dotée de moyens qui assurent son autonomie pour gagner les orbites polaire (pour les satellites d'observation) et géostationnaire (pour les satellites de télécommunications, de télévision et de météorologie). Il s'agit de deux lanceurs de fabrication indienne qui, réalisés d'après un concept évolutif qui réduit les coûts, répondent le mieux aux besoins de l'Inde pour ses satellites d'applications :

  • Le PSLV (Polar Satellite Launch Vehicle) comprend quatre étages qui combinent des propulseurs à poudre et à liquides. Le premier étage est formé par un bloc, en cinq segments, de propergols solides pour une masse totale de 129 tonnes; il est flanqué de six moteurs d'appoint également à poudre. Le deuxième étage est propulsé par un moteur Vikas, le modèle "made in India" du propulseur Viking qui équipent les Ariane 4 !  Le troisème étage est un propulseur solide de 7 tonnes. Le quatrième étage utilise une paire de petits moteurs à propergols liquides. L'ensemble qui fait 283 tonnes au décollage est capable de placer un satellite d'1 tonne sur une orbite polaire. Quatre satellites technologiques de télédétection ont été lancés par des PSLV le 15 octobre 1994 (IRS-P2), le 21 mars 1996 (IRS-P3), le 29 septembre 1997 (IRS-1C toujours en service) et le 26 mai 1999 (IRS-P4, alias Oceansat-1).
  • Le GSLV (Geosynchronous Satellite Launch Vehicle) est un lanceur à trois étages, dérivé du PSLV. Les deux premiers étages sont ceux du précédent lanceur, tandis que le troisième, entièrement nouveau, emploie un moteur cryogénique qui est le nec plus ultra de la propulsion. Les premiers GSLV sont équipés d'un moteur cryogénique réallumable qui est fourni par la firme russe KB Khimmach et qui produit une poussée de 76 kN pendant 800 secondes. L'ISRO, dans le cadre du projet CUS (Cryogenic Upper Stage), a d'ores et déjà entrepris le développement d'un propulseur cryogénique indien qui doit avoir des performances identiques. Les essais de ce moteur sont en cours: il doit être qualifié pour le 3ème exemplaire GSLV qui sera lancé en 2003. Dans sa version définitive, qui lancera jusqu'à 2,5 tonnes en orbite de transfert géostationnaire (entre 200 et 36.000 km), le GSLV a sur son premier étage à poudre quatre propulseurs d'appoint à liquides, chacun étant doté d'un moteur Vikas amélioré. Sa masse au décollage dépasse les 400 tonnes.
L'Inde, pour ses lanceurs spatiaux PSLV et GSLV, maîtrise la technologie délicate des gros propulseurs à poudre. On voit l'imposant bloc, en cours de préparation, du premier étage des PSLV et GSLV.
(Photo ISRO)
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Le lanceur GSLV constitue le symbole de l'Inde technologique
en ce début du XXIème siècle.

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Superbe envol, le 18 avril dernier, de la première fusée GSLV de l'Inde. Ce succès assure un accès indien à l'orbite géostationnaire. Des versions améliorées sont d'ores et déjà en préparation.
(Photos ISRO)

 

 

Depuis avril 2001, dans la cour des Grands

Le 18 avril 2001, l'Inde a testé avec succès le GSLV, en lançant un prototype de satellite géostationnaire. Ce tir inaugural de son GSLV-D1 (Geosynchronous Satellite Launch Vehicle, 1er vol de démonstration), même si le satellite Gsat-1 n'a pu se positionner correctement, fait entrer l'Inde dans le club des nations capables de lancer des satellites sur l'orbite géostationnaire, aux côtés des Etats-Unis, de l'Europe, de la Russie, de l'Ukraine, de la Chine, du Japon. Dr. R.V. Perumal, Directeur-adjoint des Projets au Vikram Sarabhai Space Centre de l'ISRO (Indian Space Research Organisation), a précisé que le 3ème étage à propulsion cryogénique - avec le moteur russe acheté à Glavcosmos - avait fonctionné 4,1 secondes de moins que prévu (705.8 s à la place de 709.9 s). Ce qui explique que le satellite expérimental de télécommunications Gsat-1 de 1,5 tonne (3 répéteurs en bande C et 2 répéteurs en bande S pour la radio numérique) ait atteint un apogée moins élevé (à 32.000 km au lieu des 36.000 km. visés).

L'ISRO en est à sa première version du GSLV-Mk1. Le prochain lancement GSLV-D2, dans la seconde moitié de 2002, utilisera encore ce modèle pour le satellite géostationnaire Gsat-2 (4 répéteurs en bande C pour les télécommunications fixes et 1 en bande S pour les liaisons mobiles). Le propulseur KRB fourni par l'industrie russe (Khimmash, via Glavcosmos) sera l'objet de plusieurs allumages sur orbite. Le succès de ce deuxième vol servira à déclarer le lanceur opérationnel pour la performance de 1,9 tonne en orbite de transfert. A partir du vol GSLV-D3, à la mi-2003, la version GSLV-Mk2 qui sera équipée de l'étage CUS "made in India" avec le propulseur cryogénique indien de 7,5 tonnes de poussée doit être expérimentée. Elle devrait être améliorée pour arriver à la performance de 2,6 tonnes en orbite de transfert géostationnaire.

 

Traits communs entre PSLV et GSLV

Le GSLV donne à l'Inde un accès autonome à l'orbite géostationnaire, comme elle l'a depuis 1994 pour l'orbite polaire avec le PSLV. Dès 2001, le rythme annuel des lancements depuis la base de l'île de Sriharikota (à 80 km de Chennaï) sera d'au moins deux tirs. A la fin de 2002, un second ensemble de lancements, qui est en construction, sera mis en service. Comme le premier, il sera compatible tant pour les PSLV que pour les GSLV. L'Inde ne compte pas en rester là. Bien décidée à avoir ses satellites lourds de télécommunications et de télévision (6 tonnes au lancement), elle étudie déjà la configuration type "Titan 4" du prochain GSLV, comme nous l'a révélé Dr. Perumal. Avec ce modèle provisoirement appelé GSLV-Mk3, l'ISRO démontre la continuité des développements technologiques entre les éléments propulsifs des lanceurs indiens qu'elle aura en service durant cette décennie.

Avec le GSLV-Mk3 qui doit effectuer son premier vol à la fin de 2006, on adopte l'architecture à la mode d'un étage principal avec propulsion liquides, flanqué de deux puissants moteurs à poudre. Son premier étage combine deux puissants propulseurs d'appoint S200 (200 tonnes de poudre) dérivés du moteur S125 qui constitue le corps principal des PSLV et GSLV actuels, avec un nouvel élément central, le L100 propulsé par deux moteurs Vikas. Ceux-ci seront allumés en vol, pendant que fonctionnent encore les S200. L'étage supérieur sera le C25, un modèle amélioré du C12, à propulsion cryogénique indienne, du GSLV Mk2. La société Antrix Corporation qui commercialise les produits de l'industrie spatiale indienne sera à même de proposer la réalisation sur mesure et la livraison sur orbite de satellites pour les télécommunications, la télévision et la météorologie, d'une masse d'1 à 6 tonnes en orbite de transfert géostationnaire.

LA FAMILLE DES LANCEURS INDIENS
POUR LES SATELLITES GEOSTATIONNAIRES

L = Liquid S = Solid C = Cryogenic
Le chiffre qui suit indique la masse des propergols
HTPB = Hydroxy Terminated Polybutadine
KRB = propulseur russe fourni par Khimmash via Glavcosmos, avec un étage réalisé par Khrounitchev.
CUS = Cryogenic Upper Stage, avec un propulseur de conception et de fabrication indiennes
Vikas = propulseur Viking produit par l'Inde, dérivé de celui qui équipe les deux premiers étages de la famille des lanceurs européens Ariane 4.


Télécommunications, télévision, télédétection ...

L'Inde fut la première, avec Insat-1, à mettre en service un système multi-applications de satellites géostationnaires qui étaient fournis par l'industrie américaine. (Doc. ISRO)

L'Inde a donné la priorité à l'utilisation des satellites pour les télécommunications, la télévision et la météorologie sur l'ensemble de son territoire. Avec l'industrie américaine, elle a réalisé la première expérience de télévision éducative sur une grande échelle (Projet Site en 1975) et elle a acquis ses premiers satellites géostationnaires de télécommunications et de télévision (système Insat-1 à partir de 1982). L'ISRO affirme désormais son autonomie technologique avec ses nouveaux satellites qui sont les Insat-2 géostationnaires et les Irs polaires.

 

  • Le système multi-applications Insat-2 utilise des satellites "made in India", qui s'inspirent du modèle américain des Insat-1 maius qui en améliorent les performances. Ces satellites géostationnaires indiens ont été lancés par des fusées Ariane 4 de Kourou, mais leur fonctionnement à quelque 35.800 km au-dessus de l'équateur a été affecté par des problèmes de contrôle d'attitude et d'alimentation en énergie.
    Insat-2A et Insat-2B, satellisés respectivement le 10 juillet 1992 et le 23 juillet 1993, étaient équipés pour des missions de télécommunications (bande C), de télévision (bande S) et de météorologie (radiomètre dans le visible, proche infrarouge et infrarouge). Insat-2A est toujours utilisable sur une orbite inclinée à 74 degrés Est pour la transmission de données, tandis que Insat-2B n'est plus opérationnel depuis novembre 2000.


    Avec la génération des Insat-2, l'ISRO et l'industrie indienne se sont lancés dans le développement de satellites géostationnaires de télécommunications, de télévision et de météorologie.
    (Photo ISRO)
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    C'est à Bangalore que l'ISRO réalise et teste ses satellites d'applications. Insat-2C est prêt pour être expédié pour son lancement au Centre Spatial Guyanais de Kourou.
    (Photo : ISRO)
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    Insat-2C était d'un concept différent avec une charge utile pour les télécommunications (bande C, bande S, bande Ku) et la télévision (bande S). Sur Insat-2C, co-positionné avec Insat-2B à 93,5 degrés Est, un répéteur en bande S (avec un tube de 50 W) est employé pour les liaisons avec les mobiles. Lancé le 7 décembre 1995, il est toujours en service à 93,5 degrés Est.
    Insat-2D, identique à Insat-2C, était mis en orbite le 4 juin 1997 mais il ne put fonctionner que pendant quelques semaines. Un court-circuit dans son alimentation électrique le rendait inutilisable le 4 octobre 1997. L'ISRO a racheté à l'organisation Arabsat son satellite géostationnaire Arabsat-1C. Positionné à 55 degrés Est, ce satellite d'occasion, avec des répéteurs en bande C et en bande S, a été rebaptisé Insat-2DT.

    Insat-2E, lancé le 3 avril 1999, est utilisé pour le système Insat (télécommunications, télévision, météorologie, collecte de signaux de détresse) et par la société Intelsat.
    (Doc. ISRO)

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    Insat-2E qui, comme les Insat-2A et Insat-2B, combine des missions de télécommunications, de télévision et de météorologie était lancé le 3 avril 1999. Positionné à 83 degrés Est, il est à la fois exploité par l'ISRO pour son système Insat et par la société Intelsat qui loue une partie de ses répéteurs en bande C pour sa couverture asiatique.
  • La génération des Insat-3, qui sont plus performants que les Insat-2, a été mise en service avec un premier satellite de télécommunications dans les bandes C, Ku et S: Insat-3B était lancé par une Ariane 4 le 23 mars 2000 et est co-positionné avec Insat-2E à 83 degrés Est. Insat-3C devait être satellisé par la 11ème Ariane 5 en septembre, mais le vol capricieux du 10ème exemplaire a remis en question le calendrier des lancements d'Arianespace. L'ISRO a prévu de lancer les Insat-3A et 3D - dotés de senseurs pour les prévisions météorologiques - avec des Ariane 5 en 2002-2003. Insat-3E pourrait être mis en orbite par un lanceur indien GSLV en 2004. Les Insat-3 étant dotés de répéteurs pour relayer les signaux de navigation, l'Inde devrait avoir un rôle à jouer, aux côtés de l'Europe, dans la mise en place du GNSS (Global Navigation Satellite System) à des fins civiles. Par ailleurs, l'ISRO a décidé de tester de nouvelles technologies de télécommunications avec les satellites géostationnaires Gsat qui sont lancés par les GSLV et de se doter des Metsat, satellites géostationnaires météorologiques qui sont lancés par des PSLV.

Avec la déréglementation à laquelle se rallient timidement les autorités indiennes, le système Insat de l'ISRO doit affronter une concurrence de plus en plus vive: le système Europe*Star de Loral et d'Alcatel qui va diffuser des programmes radio et TV sur le continent indien, le système Agrani qui doit exploiter un satellite d'Alcatel pour les télécommunications en Inde dès la fin de 2003. Le DOS (Department of Space) a d'ores et déjà mis en chantier la génération des Insat-4 qui offriront une forte capacité et une puissance élevée pour les services de télécommunications et de télévision.

  • Le programme IRS (Indian Remote Sensing) d'observation de la surface et de l'environnement terrestres constitue le fleuron de l'Inde dans l'espace. La télédétection spatiale est une spécialité de l'ISRO depuis plus de deux décennies. Elle a réalisé deux satellites expérimentaux Bhaskara qui ont été lancés en 1979 et 1981 par des fusées soviétiques Intercosmos (à l'époque). Les trois premiers IRS ont été satellisés par des lanceurs Vostok depuis le cosmodrome de Baikonour. IRS-1A et IRS-1B, capables de prendre des vues multispectrales avec des détails de 36 m, étaient lancés le 17 mars 1988 et le 29 août 1991. Dix ans après son lancement, IRS-1B continue de fonctionner! L'ISRO a mis en service IRS-1C (avec un lanceur russe Vostok, le 28 décembre 1995) et IRS-D (avec son lanceur PSLV, le 29 septembre 1997) pour photographier la surface terrestre avec une résolution de 5,8 m et en trois dimensions. La société américaine Space Imaging (Lockheed Martin) - qui exploite son satellite d'observation Ikonos-1 qui montre des détails de l'ordre du mètre - a obtenu d'Antrix Corporation (Bangalore) les droits de commercialisation des images d'IRS-1C et IRS-1D. Entretemps, l'ISRO a expérimenté de nouveaux senseurs avec les IRS-P2 et IRS-P3 satellisés le 15 octobre 1994 et le 21 mars 1996 par des lanceurs PSLV. Les données d'IRS-P3, qui emporte une caméra indienne à large champ et un instrument allemand (MOS ou Modular Opto-electronics Scanner), continuent d'être exploitées en Inde et en Allemagne.


    Le système IRS de télédétection spatiale est le fleuron de l'Inde pour les applications par satellites. (Doc. ISRO)
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    L'Inde observe le Pakistan et le delta de l'Indus avec son satellite de télédétection IRS-P3.
    (Photo : ISRO)

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Les images des satellites IRS sont - en priorité - utilisées en Inde par la NRSA (National Remote Sensing Agency) pour le NNRMS (National Natural Resources Management System). Il y a le réseau des RRSC (Regional Remote Sensing Centres) qui traitent les données pour des systèmes d'information géographique. Ces centres régionaux exploitent l'imagerie spatiale suivant les besoins locaux, à des fins socio-économiques, pour la surveillance de l'environnement, pour la bonne gestion des ressources... Les images des IRS sont disponibles sur l'ensemble du monde via Space Imaging, qui fait concurrence à la société française Spot Image. Space Imaging s'est associée avec l'Inde en signant, le 2 février 1995, un accord avec Antrix Corporation.


IRS-1D, satellisé par un lanceur PSLV le 29 septembre 1197, a transmis cette première vue multispectrale. Il s'agit d'une région dans le sud de l'Iran; cette image permet de discerner des détails de 25 m.
(Photo : ISRO/DOS)
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L'IRS-P4, rebaptisé Oceansat-1, a été mis en orbite par la quatrième fusée PSLV le 26 mai 1999: il est équipé pour observer et sonder la surface des mers et océans, pour y déterminer la vapeur d'eau et l'action des vents dans l'atmosphère... Ce sont une demi-douzaine de satellites de télédétection IRS qui sont en préparation pour être lancés avant 2005 par des PSLV. Ces satellites serviront à la cartographie des sols, au contrôle des océans, à l'étude de l'atmosphère... On a TES pour tester une caméra à très haute résolution, IRS-P5 (Cartosat-1) pour photographier des détails de 2,5 m, IRS-P6 (Resourcesat-1) pour de l'imagerie multispectrale avec une résolution de 6 m, Cartosat-2 et deux satellites RISat utilisant un système SAR (Synthetic Aperture Radar) pour des prises de vues tous temps. Il y a les satellites Metsat pour des observations météo depuis l'orbite géostationnaire. Megha-Tropiques, un satellite franco-indien pour l'étude dy cycle de l'eau dans les zones tropicales va être développé et exploité par l'ISRO et le CNES (Centre National d'Etudes Spatiales). Ces lancements confirment la volonté de l'Inde d'être un ténor pour la télédétection spatiale. L'ISRO étudie pour la seconde moitié de cette décennie la génération des IRS-3, avec des senseurs optiques et radar.


Astrosat, sonde lunaire et... Avatar ?

La science spatiale indienne n'en est pas moins active mais vit dans l'ombre des systèmes d'applications de l'ISRO. L'Inde entend néanmoins préserver une longue tradition pour les recherches en astronomie et en astrophysique. Elle tire parti des fusées-sondes et satellites technologiques de l'ISRO pour faire voler des instruments destinés à l'observation du ciel. Le satellite IRS-P3, lancé en mars 1996, emporte des détecteurs du rayonnement X de l'Univers. Trois laboratoires, financés par le gouvernement indien, collaborent avec l'ISRO pour des missions scientifiques dans l'espace: le Physical Research Laboratory d'Ahmedabad, le Space Physics Laboratory de Thiruvananthapuram, le Tata Institute of Fundamental Research de Mumbai (Bombay). Un satellite d'astrophysique de près de 2 tonnes, appelé Astrosat, est proposé par l'ISRO à la communauté scientifique internationale; il doit être lancé en 2005 depuis l'île de Sriharikota pour observer l'Univers dans les rayonnements gamma, X et ultraviolet.

Il n'y a pas de programme indien pour des vols habités dans l'espace. Mais, à l'invitation de Moscou, le pilote de l'Indian Air Force Rakesh Sharma a séjourné et travaillé, avec des cosmonautes russes, dans la station spatiale Saliout 7 en avril 1984. Ce vol d'une semaine, qui comprenait quelques tâches scientifiques en impesanteur, est resté sans suite. L'Inde pourrait être intéressée par des expériences à bord de l'International Space Station, mais elle n'est pas encore associée à son utilisation.

Le cosmonaute indien Rakesh Sharma contribue à des programmes éducatifs pour faire participer la jeunesse à la technologie spatiale.
(Photo : Th.P./SIC)
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Néanmoins, cette Inde spatiale se donne d'autres défis scientifiques et technologiques, comme une sonde d'exploration lunaire (qui serait dérivée d'un satellite IRS ou TES) entre 2005 et 2010, ainsi qu'un concept d'avion spatial réutilisable pour 2020. Cet ambitieux projet Avatar est étudié par la société aérospatiale Bharat Dynamics avec un financement du Defence Research Development Organisation (DRDO), avec le support technique d'ingénieurs de l'ISRO. Avatar est un véhicule ailé dont la configuration a un air de famille avec l'avion X-33 aujourd'hui abandonné par la NASA et l'US Air Force. D'une masse de 25 tonnes (!) au décollage, dont 60 % sont constitués par de l'hydrogène liquide, Avatar décolle comme un avion conventionnel et se propulse en consommant l'oxygène de l'atmosphère, d'après un système qui a été breveté en Inde. Ce lanceur spatial à un seul étage utilisera des turboréacteurs et statoréacteurs pour monter jusqu'à 20 km d'altitude, puis c'est un propulseur cryogénique qui lui fera décrire une orbite jusqu'à 100 km. Avatar serait capable de larguer un satellite d'une tonne... avant de revenir en atterrissant au moyen de ses moteurs atmosphériques. Un démonstrateur d'Avatar - un mini-Avatar de 3 tonnes - devrait être réalisé par CIM Technologies de Hyderabad et testé au cours de cette décennie... Décidément, dans l'espace, ils sont incroyables, ces Indiens !

 

CALENDRIER DES LANCEMENTS INDIENS
(2001-2006)


IRS = Indian Remote Sensing Satellite
BIRD = Bispectral InfraRed Detection (microsatellite allemand de 78 kg)
PROBA = Project for On-Board Autonomy (microsatellite de 98 kg réalisé par l'industrie belge pour l'ESA).

 



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